4 JOURS DE DUNKERQUE
3ème étape, Poeringe - Poperinge, remportée par Jimmy Engoulvent – Saur SojasunPropos recueillis par Elisabeth Noyelle
En ce jour d'élection présidentielle, le 2ème tour décisif transporte la grosse bulle des 4 jours, hors des frontières. Juste de l'autre côté des terres, en flandre belge, dans le village de Poperinge. C'est donc dans une ambiance de kermesse belge que se déroule la 3ème étape. Bien qu'ayant quitté la côte d'opale, le vent de nord-est inquiète quelques équipes. « On va se méfier des coups de bordure » explique Christian Guiberteau, le DS d'Argos Shimano, l'équipe qui avec Degenkolb a obtenu 2 maillots roses. Point de rêve dans l'équipe du double vainqueur.... ». On tentera de protéger le maillot, de se mettre à l'abri des pièges (bordures). Voilà notre ambition. ». Et sur le « Jamais 2 sans 3 » annoncé par le reporter, le DS s'engage pour payer le champagne si son poulain endosse un troisième maillot de leader. « Les coureurs sont contents, ils ont bien bossé, on va naturellement laisser la place aux costauds, ça risque d'être trop juste pour nous. » La prouesse Argos Shimano prendra fin au cours de l'incursion en Belgique....
Très tôt sur le territoire flamand, un groupe de 5 (Boucher, le roi des grands raids – FDJ BigMat, Lalouette – Roubaix Lille Métropole, Thyre - Auber 93 , Jarrier – Véranda U et Vandousselaere – Topsport Vlanderen) se font la malle. A 50 km de course, ils gardent les commandes avec plus de 6 mn d'avance. Au 68ème km, l'avance diminue sensiblement pour regrimper jusqu'à quasi 8 mn. Le tempo, le schéma de course ronronne... à tel point que l'un des speakers en vient à bailler lourdement dans le véhicule qui le transporte. Il fait un froid de canard, le vent monte si bien que le peloton s'énerve et le groupe d'échappés se fait reprendre peu à peu. L'agitation se propage parmi les directeurs sportifs et la course explose. Il est même dangereux de s'avancer quelques cm sur les routes étroites. On se renseigne entre voitures : « Tu fais le sprint ? « « Je ne sais pas encore, je dois aller aux nouvelles ». « Parce que si tu n'y vas pas, nous non plus ! Laissons les autres rouler alors ». Dans ces échanges il faut comprendre les enjeux. Si on joue le sprint, on mobilise la majeure partie de l'équipe. Au cas où un bordure est provoquée, les réserves sont quasi nulles pour la contrer, l'équipe risque alors de compromettre toute son étape. Ainsi bien qu'en l'absence d'oreillettes, laissant le champ libre à « l'improvisation », à l'initiative personnelle des coureurs, on réfléchit la stratégie pour ne pas gâcher toutes les munitions, ni hypothéquer le reste de l'épreuve.
Pour Emmanuel Hubert (Bretagne Shuller) : « Nous n'avons pas d'ambition particulière. On reste dans le rythme. ». Parmi des coureurs croisés, Sébastien Hinault AG2R repart confiant après la très bonne étape de la veille. Le voilà rassuré sur sa reprise. Rony Martias (Saur Soja Sun) démarre décontracté, Arnaud Molmy (Véranda U) affiche toujours la forme. Chez Acqua et Sapone, on reste ferme sur une belle affaire à réaliser avec le jeune colombien Carlos Betancur ou avec Danilo Napolitano. On guette. Concernant la blessure à la jambe de Danilo di Luca, on apprend qu'il est forfait 15 jours et subit un traitement au laser. A 35 km de l'arrivée, l'écart entre la tête de course et le reste se stabilise mais on observe des visages marqués de fatigue. L'épreuve « sous forme de circuit » peut donner l'explication, en plus de la météo hivernale. Tout est bon pour tenter de s'épargner : aller voir le médecin et se faire soigner un bobo, venir se plaindre au DS « je suis mort-fini », au DS de donner le coup de pied au derrière « Remonte, je ne veux pas te voir derrière, j'ai dit « personne derrière ! Tout le monde au contrôle du peloton ». « Mais je suis mort !! » . Points de suspension chez le DS. « Eh bien, si ça ne va plus du tout, tu arrêtes alors. ». Il faut y voir le fait de ne pas occasionner la perte d'un élément pour la fin des 4 jours. En définitive, le coureur s'est ressaisi, a réintégré le peloton et s'y est tenu jusqu'à l'arrivée à Reningelst.
Avec les derniers km, le chrono diminue entre le peloton et le groupe d'échappés mais Saur Sojasun tire son épingle du jeu avec l'envolée de Jimmy Engoulvent, talonné de Kevin Lalouette (RLM), David Boucher qui se présente en fin d'étape quasi couché sur le vélo. Il expliquera le lundi 7 mai, au départ de la 4ème étape : « Oui j'étais bien usé, mais surtout déçu, je pensais faire une meilleure place à Poperinge – il se classe 5ème -. Je n'ai pas trop la forme. Ce n'est pas comme d'habitude. Je fais ma reprise. Il y a des fois où je peux faire quelque chose, là ça n'a pas été le cas, c'était comme ça. ».
A l'arrivée, Geert Steegmans – Omega Pharma, dit « J'ai suivi un coéquipier. Qu'est ce que c'était dur ! Personne ne m'a attendu !. ». Anthony Colin – RLM, « On devait protéger Julien Guay. Nous avons été vigilants et étions prêts à contrecarrer toute bordure, la chance a été au rdv en plus d'un gros travail. Par rapport aux critiques de médias qui nous ont marqué, car les résultats tardaient à venir, nous nous sommes affirmés revenchards, nous avons fait une belle étape alors que Kevin est tombé à 30km. Il a fallu aller le récupérer. » Dans l'équipe nordiste, la visée du directeur sportif trouve sa conclusion, puisque de bonnes intentions on bascule vers de bons résultats, le moral remonte avec le 1er rang pour l'équipe nordiste et à l'issue de cette étape flamande.
Steven Tronet, le nordiste engagé chez Bigmat Auber, affiche une belle forme à l'issue de la 3ème étape et évoque son arrivée dans l'équipe : « C'est positif d'évoluer dans une nouvelle équipe. En ce qui concerne les 4 jours, c'est très stressant, très nerveux. Comme tous les ans, il faut être bien placé jusque Cassel. Il faut avoir l'oeil et réagir très vite en cas de bordure. Cassel est déterminant, c'est le "juge de paix". Je vise un classement général. Un top 10 ? pourquoi pas ? ».
Chez Vacansoleil, on affiche de la satisfaction à l'issue de cette 3ème étape, Vanhummel le sprinter termine à la 11ème place à 1mn 45, on espère même un podium à Cassel. Pour les colombiens Colombia Coldeportes, Victor Hugo Pena le coureur de 37 ans qui a passé 4 années au service de Lance Armstrong – annonce : « Nous sommes rentrés au complet avec une distinction : le maillot à pois de grimpeur sur le jeune Juan Forero Carrero. Nous entendons bien le garder et en avons les moyens. ».
Enfin, l'analyse de Nico Mattan – ex champion de Belgique, DS : « On s'est retrouvé dans une kermesse. La place qu'a obtenue le vainqueur Jimmy Engoulvent, c'est lié aussi au fait que le peloton n'a pas réagi. Demain à Cassel, ça va être totalement différent. Les 4 jours vont se jouer là bas en espérant qu'il ne pleuve pas, sinon ça va être une tuerie !! »
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