4 Jours de Dunkerque
Mardi 8 mai 2012, Béthune – Dunkerque, 176.1 km
Propos recueillis par Elisabeth Noyelle
Cassel et ses spécialités monts-pavés s'est une fois encore faite « arbitre » en laissant sur le côté un bon nombre de coureurs forcés à l'abandon - après avoir tout donné - ou arrivés hors délai. Le peloton qui démarrait plus allégé avec quelques non partants, dont Sébastien Hinault – AG2R, s'est vu entamé d'une quinzaine de coureurs pour démarrer la dernière ligne droite.
Tout étant quasi joué, même si rien n'est écrit, les équipes ont revu leur stratégie pour aborder la 5ème et dernière étape ralliant Béthune à Dunkerque – la cité de Jean Bart. Déception chez Europcar, le « chouchou « des français Thomas Voeckler n'a pu cette année s'envoler seul vers la ligne d'arrivée et enlever le maillot rose des épaules de Jimmy Engoulvent. Chez Acqua & Sapone, Carlos Betancur le grimpeur colombien a du se ranger en 4ème position bien qu'il soit venu surprendre les costauds qui jouaient la gagne à Cassel (Jérôme Pineau, Zdenek Stybar – tous 2 de chez Omega Pharma Quick Step). A la FDJ-Bigmat, bien que tous aient été réquisitionnés pour emmener Pierrick Fédrigo derrière le favori Thomas Voeckler, on est resté sur sa faim aussi puisque Zdenek Stybar a gravé son nom sur les pavés de Cassel ce lundi 7 mai. Ce guerrier qui brille en cyclocross est venu enrayer toutes les attentes et prévisions. Avec une grande aisance, tel un oiseau il est venu se coller au groupe des favoris si bien que Jérôme Pineau, pourtant très à l'aise dans Cassel s'est finalement retrouvé aux avant-postes pour faire place à Zdenek !
Concernant Thomas Voeckler, malgré sa force au service de son ambition du jour/des 4 jours, il est à un moment apparu fatigué, moins frais que Pineau. Ce qui peut aussi expliquer qu'il se soit fait coincer par Omega Pharma Quick Step avec les 2 gaillards. Quant à Betancur, malgré un solide appui des Acqua & Sapone (Danilo Napolitano, Francesco Reda...), sa jeunesse & son manque d'expérience des pavés, n'auront pas permis de contrebalancer son talent de grimpeur. On l'a certes vu attaquer le groupe des prétendants à la victoire des pavés mais le jeu qui s'est naturellement imposé entre tous, à se jauger, à se regarder, à s'attaquer l'aura usé et permis à Zdenek de prendre l'ascendant en les lâchant à quelques 2 km de l'arrivée. Saur Soja Sun qui pensait devoir s'incliner avec le passage du maillot rose de Jimmy Engoulvent sur les épaules du prétendu vainqueur à Cassel... réussit donc, non sans peine, à conserver la place de leader des 4 jours.
Même le mardi 8 on parle encore de la surprise du palmarès casselois : Voeckler qui se fait coiffer, Pineau qui doit emmener Stybar, Fédrigo qui est expédié chez les perdants.... « C’était vraiment surprenant ! On ne s'y attendait pas. » dit un des journalistes de La Voix du Nord. Propos corroboré par certaines équipes : « Dans le groupe des costauds, on s'est tellement observé, mesuré, on n'a pas attaqué assez tôt si bien que Jimmy Engoulvent a bénéficié d'une situation idéale. » explique Christian Guiberteau de chez Argos Shimano. « Pour nous pas de regret concernant le classement général, John (Degenkolb) savait. Toute l'équipe a été briefée pour veiller aux bordures, pour ne pas se laisser surprendre, ils doivent donc rester ensemble ce jour. On ne laissera le groupe se scinder que s'il y a une échappée conséquente. On mise sur une arrivée au sprint pour tenter d'y placer John. » Le jeune Degenkolb qui entame la dernière étape des 4 jours ne connaissait rien du circuit particulier de Cassel et il finit 3ème du classement général. « Il a une très bonne tactique » déclare son directeur sportif, au départ de cette dernière étape depuis Béthune. Et à l'arrivée à Dunkerque, il conclut : « Nous sommes vraiment satisfaits de notre épreuve. John nous rappelle ce qu'a fait Marcel Kittel l'an dernier. Il est tout aussi prometteur ! Nous aimons beaucoup les 4 jours, Dunkerque, les dunkerquoises et espérons y revenir.»
Côté FDJ-Bigmat, David Boucher qui a lutté pour ne pas rester sur les pavés raconte, ce mardi 8 mai : «De toute façon le matin je sentais que je n'avais pas la forme. J'ai fait pour ne pas rentrer hors délai, pour finir l'étape. Non, je n'ai pas imaginé arrêter un seul instant. En fait au fur et à mesure des tours j'ai senti que la forme revenait. » Je vous ai vu revenir sur l'avant dernier tour en compagnie de David Veilleux (Europcar) alors que vous aviez au moins une minute de décalage. « En fait, c'est moi qui l'ai rejoint, je me suis senti de mieux en mieux au fur et à mesure que les tours de circuit passaient. Mais la forme est revenue trop tard. En plus je ne suis même pas sur de finir l'étape d'aujourd'hui car j'ai mal au genou. Il faut d'ailleurs que je vois Marc (Madiot) tout de suite.» Qu'allez vous faire après les 4 jours ? « Le Tour de Picardie, le Tour de Bavière. Donc il ne faut pas que je me mette en difficulté avec cette douleur au genou. »
Bretagne Shuller, ainsi que le signale Emmanuel Hubert le directeur sportif, aborde la dernière étape des 4 jours avec la satisfaction d'une animation placée à Cassel, grâce aux coups de Florian Vachon et Laurent Pichon. « Ce qu’ils ont fait nous rapporte des bonifications. L’équipe a la forme et particulièrement Florian. »
Steven Tronet, le nordiste chez Auber 93 est d’attaque pour la 5ème et dernière étape. Il affiche un large sourire et une forme que les pavés n’ont pas entamée ou qu’il a reconstituée. « Je suis satisfait, 26ème au général avec peu d’écart par rapport au leader. Aujourd’hui, je vais saisir la bonne échappée et la conduire jusqu’au bout. Il y aura beaucoup de mouvement sur le circuit de Dunkerque et avec une bonne avance, ça sera plus avantageux. ».
A Roubaix Lille Métropole, où 3 coureurs sont restés sur le carreau à Cassel (Loïc Desriac, Pierre Drancourt et Kevin Lalouette), on redémarre avec 5 coureurs après avoir fait beaucoup, voire plus que ce qu’on imaginait. On avait entamé la 4ème étape avec le moral à bloc, les jambes encore potables et un classement équipe n°1, dans le plateau corsé des 4 jours. Après s’être honorablement illustrée et fait parler d’elle en animant les étapes, l’équipe nordiste attaque le dernier jour bien usée, comme la plupart des autres. Au fur et à mesure que les jours s’égrènent, on note des traits marqués de fatigue et parfois même une sorte d’agacement à répondre aux questions. Situation qu’on rencontre fréquemment sur les courses à étape, où la difficulté, l’usure opèrent inévitablement. A RLM, Morgan Kneisky se fait le porte parole : « Hier soir, nous n’avons pas traîné. Nous sommes rentrés usés de Cassel. Pour le classement général, c’est fini ! Il va falloir être vigilants sur les coups de bordures. En tout cas, il ne faut pas que je me laisse avoir comme hier. » C’est-à-dire ? « Juste au moment où j’étais occupé avec ma chasuble, il y a eu un coup de bordure et je n’ai jamais pu recoller. Cette année l’étape de Cassel a été bizarre, complètement différente de l’année dernière où il avait fait très chaud, où il y avait plus d’usure. Là les 2 derniers tours ont été très rapides et les prétendants n’ont pas su se décider si bien qu’ils ont laissé une chance à Jimmy Engoulvent. C’est un effet d’aubaine. »
AG2R réaffirme son souhait d’empocher une victoire. « Et tout se réenchaînera. » réaffirme le DS Stéphane Goubert. Gilles Mas annonce la couleur du jour : « Il va falloir être vigilant dès le début de la course, il risque d’y avoir une échappée. Le vent de sud-est est favorable et va pousser les coureurs. En ce qui concerne Cassel, Martin (Elmiger) avait des chances. Il adore ce genre de parcours et y est à l’aise. Il y a 2 ans il a décroché le maillot rose grâce à cette étape là. Seulement, hier il n’a pas pu aller au terme de son objectif à cause d’une douleur à la jambe. Il aurait pu gagner cette étape ! » Surprenant, non ? « Martin est un garçon discret mais tout lui convient…. »
Chez Véranda Rideau – Super U, le calaisien Arnaud Molmy se plaignait la veille d’une douleur au genou et affichait une certaine fatigue. « Je vais faire avec. Merci de vos souhaits. A tout à l’heure. » Pourtant il a été vu et repéré comme animateur de l’étape menant à Cassel, jusqu’au 4ème tour du circuit pavé. Il a bouclé l’avant dernière étape décroché, lui qui dompte les parcours de la région nord pas de calais depuis tant d’années. Son genou aura imposé sa loi.
Pour Acqua & Sapone, on finit malgré tout Cassel avec la percée de Betancur et des perspectives de dernière étape. On compte sur Danilo Napolitano pour remporter l’étape Béthune-Dunkerque, en s’appuyant sur les capacités de cet ex maillot rose à Dunkerque - vainqueur de la 2ème étape édition 2010, On compte aussi sur Francesco Reda. Car on a toujours en travers de la gorge de ne pas être au giro, malgré le mérite de l’équipe. Il a été décidé qu’on joue la gagne jusque dans les derniers cm à Dunkerque. A l’arrivée à Dunkerque, Danilo Napolitano confie : « Non, 3ème c’est pas ça ! c’est faire 1er qui m’intéressait. Je reviendrai. »
L’équipe colombienne est enchantée d’avoir découvert l’épreuve et repart pour s’aligner sur le tour de Californie avec de très beaux souvenirs et un trophée : le maillot à pois sur les épaules de Carlos Quintero. « Nous avons été surpris par le vent, par la pluie aussi. Sinon le parcours nous a plu et nous convient. Nous avons vraiment adoré cette course et souhaitons revenir l’an prochain. Nous restons en contact. A l’année prochaine ! » nous disent Victor Hugo Pena et ses coéquipiers. Ainsi se clôture la découverte réciproque Colombia Coldeportes et le Tour du Nord Pas de Calais.
Saur Sojasun, avec juste 5 coureurs, entame la journée avec vigilance puisque la course n’est pas terminée. Les coureurs très sollicités tout au long des 4 jours, ont encore une mission : protéger de tout le leader Jimmy Engoulvent et tenter encore quelque chose. S’accrocher au maillot de leader fut une rude épreuve et Rony Martias a encore beaucoup donné. Il a semblé sur la bascule dans les 3 derniers tours du circuit casselois. Toute l’équipe s’est ressentie de la perte de 2 éléments, en plus de la protection due au maillot rose. En définitive, on s’accorde pour reconnaître qu’ils ne l’ont pas eu facile et n’ont pas « volé » la gagne finale.
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